Suite et fin de l'interview de Myriam Ramel, ou comment capter une beauté pure, subtile et transcendante...
Votre site, www.lumieredujour.ch, met en lumière votre activité en un style épuré et lumineux justement. La notion de lumière reste une notion primaire et fonctionnelle essentielle alors? On revient à des fondamentaux?
Quand je l'ai appelé comme ça, il y a plus de 10 ans, ça me semblait une évidence. Dans la photo de presse, j'ai toujours
privilégié la lumière du jour plutôt que le flash que je trouvais plus dur, plus artificiel. Il pardonne moins les choses, il est moins flatteur pour les personnages. La lumière du jour me
correspondait plus. Plus les choses vont de l'avant, plus je me rends compte qu'inconsciemment, je fais des images toujours dans le même sens, même en utilisant de l'éclairage
artificiel, j'aime la blancheur, la candeur, la luminosité, la transparence. La série Sacred World est très foncée et certaines fleurs de la nouvelle série aussi, mais ça reste
léger quand même.
*Looking for beauty est actuellement en exposition. Quel retour recevez-vous du public, des gens comme "tout le monde", des passants, des néophytes en somme?
J'ai de la chance car j'ai toujours un bon ressenti parmi les visiteurs. Je pense que c'est une thématique qui est très universelle. Du coup, autant les hommes que les femmes, de toute nationalité confondue, sont interpellés par ces images. Il y a également une ouverture qui se crée sur l'Asie et ça me plaît parce qu'il y a une recherche dans le long terme qui va dans ce sens-là.
On touche à des choses
très universelles, cette remise en question, cette quête de plénitude de soi, transgenres finalement?
C'est vrai. Les images de Looking for beauty sont par exemple signées d'une maxime de Lao Tseu, tirée du Tao Te King, signifiant "Magnifier le minime". Du coup, quand un Chinois vient m'acheter une image, il est toujours surpris de découvrir que cela fait du sens.
Vous et votre art en deux mots?
La passion et l'émotion. Parce que l'émotion est toujours en moi et la passion parce que définitivement, je crois qu'elle ne me quittera pas et que toute ma vie j'aurai cette chance-là, de faire un métier que j'aime à ce point-là et qui m'accompagne, qui me donne une flamme en moi et qui me nourrit et m'enrichit.
Est-ce qu'il y a des moments où on perd cette flamme, où elle s'amenuise?
Parfois, quand je suis fatiguée. Physiquement, c'est un métier difficile, on porte beaucoup de matériel, on est des fois dans des positions invraisemblables pour faire de meilleures images. Quand je fais des photos je m'oublie complètement, après on le paye forcément. Et il y des moments où physiquement je me dis "oh, qu'est-ce que j'aimerais faire un métier reposant", parce que la tête, autant que le corps qui est sollicité par ce métier, est toujours en action pour essayer d'être créatif et ça prend beaucoup d'énergie. Mais après ça reprend, dès qu'il y a une belle énergie, un beau film, une belle exposition, une musique magnifique, je suis de nouveau transportée, transcendée, j'ai envie de repartir dans mes images. Ce n'est jamais une obligation, c'est un métier où il faut se motiver soi-même, où il faut avoir la passion.
Avec votre "palmarès", est-ce qu'on se dit encore qu'on ne va pas être à la hauteur face à certains mandats?
Toujours!
(rires) J'ai eu la chance de rencontrer des grands photographes et ils avaient tous ce doute. Je trouve ça hyper touchant! Tant qu'on est un créatif, on a le doute. Ceux qui n'ont pas de
doute, de ce que j'ai pu voir par ma petite expérience, ce ne sont pas les meilleurs. Les certitudes n'amènent pas forcément le génie et ce doute, même s'il est pesant, s'il peut faire souffrir,
amène aussi beaucoup de créativité et de perfection. Ça amène du
mieux.
Est-ce que vous êtes amenée à vous confronter à des univers, des situations, des sujets, très éloignés du vôtre, à des choses qui vous remette aussi peut-être en question?
Si elles me plaisent, je suis d'accord de m'y confronter. Si elles ne me plaisent pas, je fais la fine bouche! (rires) Je m'octroye le bonheur d'aller dans des choses que j'aime, parce qu'on a très peu de temps sur cette planète, la vie passe très vite.
C'est magnifique de pouvoir choisir avec qui travailler et sur quels sujets! C'est presque un luxe aujourd'hui!
Tout à fait! Je préfère faire ma passion et garder une ligne qui semble cohérente.
Mieux vaut rester dans l'essentiel finalement, dans le petit pétale qui va tomber du cerisier?
Exactement! J'ai cette chance que le travail artistique prend de l'ampleur. C'est une chance faramineuse d'avoir des gens qui aiment ces images, qui les achètent, et qu'elles aient autant de succès.
A terme, vous souhaiteriez vivre que de votre art?
J'aime la photo commerciale
aussi parce qu'elle permet de rencontrer d'autres personnes, de travailler avec des stylistes, ce qui me plaît beaucoup. Il y a une relation et un apport qui est différent de quand
vous êtes tout seul à faire vos images. Travailler sur des thématiques au sein des rédactions, c'est stimulant aussi.
Est-ce que les gens sentent ce que vous voulez transmettre ou il y a-t-il de la frustration parfois?
Je crois qu'on ne peut pas plaire à tout le monde. Les personnes dont j'ai le retour, ce sont des gens qui sont venus à moi parce qu'ils savent qui je suis et ce que je fais et du coup, je reçois beaucoup d'amour, de mots gentils d'encouragements. Je suis toujours étonnée des gens qui sont touchés, qui viennent me voir aux vernissages. J'ai de la chance que pour certaines personnes ça ait vraiment passé. Je ne ressens jamais de frustration, je ne reçois jamais d'ondes négatives des personnes autour de moi. Donc pas de regret!
Avec les fleurs, c'est emblématique. On a finalement qu'une fleur, qu'un pétale, qu'un zoom sur son centre, mais cela suffit pour susciter des émotions, éveiller des réactions.
C'est un cadeau de ma profession! On fait un travail mais on a une belle récompense, ce qui n'est pas le cas de tous les métiers.
Au fond alors qu'est-ce que le beau? Un temple en Thaïlande ou une fleur au bord du lac expriment des beautés différentes.
Est-ce que c'est une question d'harmonie, de lumière, de ressenti finalement?
En fait le beau c'est très subjectif, très personnel. Après les gens viennent à vous parce qu'ils aiment vos images en particulier et parce que vous avez une résonnance du beau en eux mais il y a d'autres personnes chez qui ça ne résonnera pas forcément et qui ont leur propre esthétisme. Donc le beau, il est pour chacun différent. A vous de toucher certaines personnes. L'important, c'est d'être vrai avec soi-même.
Est-ce le beau évolue? Est-ce qu'il est victime du temps, des tendances?
Je pense qu'il faut trois vies pour arriver à faire le tour de ça mais oui tout à fait! (rires) Je renie presque ce que j'ai fait il y a 10 ans! C'est un parti des photographes, ils aiment toujours ce qu'ils viennent de réaliser. C'est souvent mon cas, toutes les choses que je viens de faire sont celles qui sont au fond de mes tripes et qui actuellement sont mes préoccupations du moment. Ce qui ne veut pas dire que les plus anciennes images ne vont plus parler aux gens. Au contraire, il y a des images qui vont rester vraiment à travers les années, ce sont celles qui sont très réussies, les autres vont petit à petit disparaître.
Le beau est en nous finalement, il évolue en fonction de ce qu'on vit?
En fonction des rencontres, parce qu'il y a des gens qui vont vous influencer, des artistes qui vont vous influencer, des voyages qui vont vous marquer avec des couleurs, des lumières ou des découvertes littéraires par exemple, ou des cinéastes. Tout ça fait un tout complet qui vous donne votre colonne vertébrale, parce que vous vous inspirez plus d'un artiste que d'un autre, ou d'une lumière plus que d'une autre ou d'un pays. Moi j'ai un amour incommensurable pour l'Asie, donc ça marque mon travail forcément. Si j'étais fan d'Amérique du Sud, je pense que j'aurais une toute autre esthétique. Chaque branche va influencer une autre. Ce matin je regardais les travaux d'une styliste romande, je trouvais très beau ce qu'elle faisait, très japonisant et peut-être un jour ça va rebondir vers une autre image, une autre idée, etc. Je pense que tous ces arts, majeurs, mineurs, toutes ces belles choses convergent les unes vers les autres pour nous nourrir.
Dernière question, fondamentale: A quoi ressemblent vos photos de vacances?
(Rires) Je fais des snapshots touristiques aussi quand je le veux mais je ne peux pas m'empêcher de les faire bien, de les retoucher. C'est difficile, même dans mes albums photos, de coller des images qui sont ratées!
Myriam Ramel
Route de Morges 4
1132 Lully-sur-Morges
0041 79 636 97 05
mr@lumieredujour.ch
* Clinique de la Prairie, Clarens-sur-Montreux, jusqu'au 30 juin 2010 (en prolongation jusqu'en septembre)
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Moins de gens, je suis un peu sauvage!
(rires) Je cherchais plus la paix intérieure à travers des paysages. Il y a de temps en temps l'incursion d'une personne dans la pénombre ou isolée. Sacred World a
comme thématique le monde sacré. Cette série en Noir&blanc a été faite en argentique, au Hasselblad, avec des films 12 poses, l'ancienne école de la photographie. Elle a
été réalisée au Cambodge, en Thaïlande, au Mali et au Japon. C'était une série difficile physiquement parce qu'il fallait faire des heures de prises de vue, porter le matériel,
supporter la chaleur des lieux ou alors la pluie. D'un autre côté, c'était de nouveau un moyen de se recueillir. Pour moi la photographie, c'est toujours une manière de capter mes
impressions et d'arriver à les redire en poésie.
De quelles émotions êtes-vous en quête et quelles émotions souhaitez-vous transmettre au public?
La beauté éphémère me fascine. Tout a commencé quand on m'offrait des fleurs et qu'elles mouraient. Je voyais toute cette
beauté tomber au bout de deux jours et ça me désolait. Je me suis donc mise à les immortaliser pour en conserver une trace. L'éphémère c'est très beau parce qu'il nous apprend à
profiter de l'instant présent. Je me souviens d'une fois où je voulais faire une photo d'une branche de cerisier sublime, je rentrais du Japon, c'était magnifique, avec la lumière du jour qui
resplendissait, le cerisier sentait le miel, j'écoutais la Callas, je voulais incurver un pétale pour qu'il tienne dans ma composition et là il est tombé! Une belle leçon...!, il faut
prendre la chose que la nature nous donne à ce moment-là, si on le rate, c'est fini. Si on veut forcer la main, ça ne marche pas. La magie disparaît. On en revient à la philosophie
bouddhiste. C'est un bel exercice mental que de se concentrer sur l'ici et le maintenant.

qu'il y en a qu'un seul. J'ai longtemps travaillé pour Femina à temps partiel, et j'étais indépendante à côté, grâce à
cela j'ai fait de très belles rencontres humaines. Être photographe pour la presse permet d'entrer dans des univers où les gens ne peuvent pas forcément entrer. Je me suis retrouvée dans des
endroits aussi divers qu'un couvent ou qu'une prison, qu'en pleine nature avec une bergère et ses chèvres au fin fond d'une montagne. J'ai découvert des gens fragiles, des gens qui
avaient vécu des choses magnifiques et tout d'un coup ça vous ouvre une part d'humanité que vous n'auriez pas pu connaître si vous n'aviez pas été photographe à ce moment-là. J'ai été en face
d'une personne schizophrène ou en face d'un artiste que j'admirais. J'ai été dans la maison de Nicolas Bouvier, par exemple, discuter et boire le thé avec sa femme, qui m'a parlé de lui.
Voilà, ce genre de rencontres-là, c'est des cadeaux de la vie et qui sont grâce à la photographie.
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