Lumière du jour - 1/3

Publié le par beauty-full.over-blog.com

Selon le *dictionnaire, la photographie se définit comme: action, manière, art de fixer, par l'action de la lumière, l'image des objets sur une surface sensible.

 

Mais la photographie est bien plus! Véritable projecteur sur les réalités du monde, capteur de l'éphémère et pérennisateur de l'instant. Un art, sensible, délicat, pluriel... A l'ère du numérique à portée de tous, l'objectif inexpugnable du photographe rend des émotions bouleversantes, provoque des réactions épidermiques et involontaires, réveille des souvenirs anciens.

 

Zoom sur une photographe, une artiste, une faiseuse de beau, qui en ouvrant son atelier, offre un échange exceptionnel, Myriam Ramel.

 

©Myriam Ramel-www.lumieredujour.ch

 

Plus que d'autres, vous rentrez parfaitement dans la définition du dictionnaire et de la mienne, mais quelle est votre définition de la photographie? Un métier, un art?

C'est une passion, c'est quelque chose qui vous choisit plus que vous ne le choisissez. Depuis petite, je savais que je voulais faire un métier artistique, j'ai toujours eu une prédisposition pour la photographie où j'étais à l'aise avec le 2 dimensions. On sait que ce ne sera pas un métier évident, tranquille, dans la vie, donc on le prend parce qu'on a envie de se battre pour ce métier et parce qu'on a envie de se faire plaisir.

 

Comment est née cette passion? Est-ce qu'elle est là depuis toujours ou s'est-elle révélée par après?

Ma mère faisait de la photographie, elle m'a fait poser quand j'étais petite, j'ai été au laboratoire noir et blanc avec elle, donc j'ai vu les bains photographiques de l'époque dans la lumière rouge du labo. Puis à l'école, j'ai pris des cours de photographie et dès l'âge de 16 ans j'ai su que je voulais faire une école d'art et plus tard un métier artistique. Donc après ma maturité, j'ai fait l'Ecole de photographie de Vevey.

 

 Vous êtes vous-même une artiste reconnue, avec plusieurs prix et expositions à votre actif. Est-il difficile de se profiler comme professionnelle de la photographie et non pas comme artiste?©Myriam Ramel-www.lumieredujour.ch-hotels2452

C'est difficile de se dire artiste, de s'autoproclamer artiste! C'est vraiment une vision que les autres ont de votre travail. Moi je n'ai pas cette prétention mais de l'autre côté j'ai commencé par faire du travail commercial, avec des photos de presse. J'ai par ailleurs ma carte de presse, j'ai toujours travaillé dans ce milieu pour des parutions suisses et européennes. Petit à petit, il s'est profilé que je faisais un travail en parallèle sans vraiment rechercher à exposer. J'ai longtemps gardé ce travail pour moi parce que j'avais peur qu'il ne soit pas abouti. Petit à petit, on m'a poussé à le montrer et ma première expo a eu beaucoup de succès. Du coup tout s'est enchaîné, il y a eu d'autres propositions, d'autres expositions. Maintenant, pour les clients, je pense que ce côté artistique est un plus pour eux. J'ai beaucoup de clients qui viennent à moi parce qu'ils ont vu mon travail personnel et qui maintenant me demandent un travail en corrélation, commercial mais toujours avec la patte artistique, parce que finalement ces deux univers se rejoignent. Je tends d'ailleurs de plus en plus à diriger mes mandats vers de la décoration, des ambiances, natures mortes, de beaux portraits travaillés, afin de me faire vraiment plaisir dans mon travail commercial.

 

Est-il difficile de se tenir aux cadres fixés par vos clients, de respecter leurs attentes, ou sont-ils prêts à voir les choses à travers votre objectif, en se mettant parfois en question?

©Myriam Ramel-www.lumieredujour.ch- BeautyÇa va! J'ai de la chance d'avoir des clients qui ont du goût (rires), avec lesquels je peux vraiment discuter pour donner mon point de vue et pour quand ils en ont besoin, instiller ma patte. Je crois que les gens font appel à un photographe plutôt qu'à un autre parce qu'ils choisissent un photographe avec ce regard-là. On ne va pas venir vers moi pour une photographie faite à la chambre hyper technique, hyper masculine, retouchée à mort et très graphique. Moi je sais faire du graphique mais je vais le faire avec toute ma féminité, avec une touche de légèreté, avec beaucoup de blancheur. Le client va me choisir en fonction de ça et si je sens que le mandat n'est pas dans mes cordes, je vais rediriger le client vers quelqu'un d'autre.

 

Vous exercez un métier magnifique, vous avez fait de votre passion votre métier. Est-ce qu'on s'y perd parfois?

Pour moi, la vie privée et la vie professionnelle sont totalement entremêlées. Mon compagnon adore la photographie, c'est quelqu'un avec qui je parle énormément de ça et qui m'aide dans ma profession. Il partage ma passion et c'est fondamental pour moi! J'adore aller voir des expos, me plonger dans de beaux livres d'art, me nourrir visuellement et, pour ça, c'est indispensable d'être nourri par la beauté, même pendant les loisirs.

 

Vous avez réalisé de nombreuses publications pour une presse suisse et internationale. Quel est votre plus beau souvenir?

Je ne dirais pas ©Myriam Ramel-www.lumieredujour.ch- Beauty6qu'il y en a qu'un seul. J'ai longtemps travaillé pour Femina à temps partiel, et j'étais indépendante à côté, grâce à cela j'ai fait de très belles rencontres humaines. Être photographe pour la presse permet d'entrer dans des univers où les gens ne peuvent pas forcément entrer. Je me suis retrouvée dans des endroits aussi divers qu'un couvent ou qu'une prison, qu'en pleine nature avec une bergère et ses chèvres au fin fond d'une montagne. J'ai découvert des gens fragiles, des gens qui avaient vécu des choses magnifiques et tout d'un coup ça vous ouvre une part d'humanité que vous n'auriez pas pu connaître si vous n'aviez pas été photographe à ce moment-là. J'ai été en face d'une personne schizophrène ou en face d'un artiste que j'admirais. J'ai été dans la maison de Nicolas Bouvier, par exemple, discuter et boire le thé avec sa femme, qui m'a parlé de lui. Voilà, ce genre de rencontres-là, c'est des cadeaux de la vie et qui sont grâce à la photographie.

 

On rentre un peu dans l'intimité des gens en fait?

Complètement! On entre dans leur intérieur. Pour la photographie, ils doivent se dénuder. Pour que la photo soit réussie, j'ai besoin de leur confiance, qu'un dialogue s'ouvre et après ils me donnent quelque chose, souvent il y a une vulnérabilité qui transparaît qui est très belle. Et puis j'ai la chance d'être une femme, donc ça crée un lien supplémentaire et ça c'est juste un cadeau. 

 

Derrière il se passe toujours des choses, plus à un niveau humain qu'esthétique donc?

Tout à fait! Il est vrai que maintenant je fais moins ce genre de portraits, je fais plus de beauté, décoration, nourriture, mises en scène, fleurs, etc. Là c'est encore autre chose, c'est plus paisible, c'est un domaine qui me ressemble, et j'aime travailler avec des stylistes, décoratrices, avec lesquels on forme une équipe.

 

Le fait de se diriger vers des sujets "inanimés" plutôt qu'humains, est-ce que c'est venu par choix ou par une évidence?

29 Magnolia 2109L'humain c'est magnifique mais ça prend beaucoup d'énergie parce que vous êtes face à une personne et, pendant une heure ou une demi-heure que la personne vous donne, vous devez sortir l'image qu'il faut absolument faire paraître. Cela met  une pression, et puis aves les années, j'avais envie de retrouver plus de sérénité, moins de stress, et de me retrouver face à moi-même, à avoir le temps de tourner autour de l'objet et de trouver la solution la plus esthétique La recherche de la beauté a toujours été une préoccupation pour moi. J'ai retrouvé d'ailleurs une phrase de Keats,  un poète anglais du XIXe, j'avais été dans sa maison adolescente, et sur le pas de sa porte c'est écrit "A thing of beauty is a joy forever". Cette phrase, que j'avais notée à l'époque, me parle complètement. C'est quelque chose pour moi de primordial. Les portraits de presse sont souvent dans des lieux plus difficiles, avec une lumière aléatoire, la personne n'est pas à son aise ou elle vous donne peu. On est plus dans le témoignage et moi je ne me sens pas reporter, je me sens plus dans une description de la beauté où je me fais vraiment plaisir.

 

Est-ce qu'il n'y a pas parfois un trop plein d'émotions, de psychanalyse aussi, parce qu''il y a finalement toujours un miroir face à soi?

Tout à fait! (rires) Je suis quelqu'un d'émotif. Du coup, forcément, c'est parfois difficile à gérer. Maintenant, ça m'apporte aussi beaucoup de positif dans mon métier! 

 

 

Myriam Ramel

Route de Morges 4

1132 Lully-sur-Morges

0041 79 636  97 05

mr@lumieredujour.ch

www.lumieredujour.ch

 

 

* Le petit Larousse illustré, 2009

Publié dans Les faiseurs de beau

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