Lumière du jour - 2/3

Publié le par Beauty Full

La rencontre avec Myriam Ramel ne peut se réduire à quelques questions extirpées ça et là d'une interview globale. Voici la suite d'un échange fort en émotions, paroles et images.

 

©Myriam Ramel-www.lumieredujour.ch

 

Le plus grand challenge?

On a créé il y 6 ans une société, Voir Voire +, avec une amie qui est rédactrice-photo. On est les deux passionnées de photographie, de voyage, et sur un coin de table on a chiché un jour sur une idée émise comme ça de créer une société qui ferait des voyages photographiques avec des photographes mondialement connus dans des pays qui nous feraient rêver. Cette société maintenant n'existe plus parce qu'on a décidé chacune de mettre notre énergie dans nos projets personnels, mais on a vécu deux très belles expériences. On a organisé un voyage à Zanzibar avec un Max Pam, un photographe australien, et un autre voyage au Rajasthan avec Sarah Moon, photographe de mode parisienne. On a fait ces voyages avec 15 participants à chaque fois, et ça a vraiment été un beau challenge.  

 

 Les voyages, ce sont des paysages, des rencontres étonnantes, des émotions. Que cherchez-vous à capter au travers de destinations exotiques comme Zanzibar et le Rajasthan? Au delà des voyages photographiques, quel est le but?

KAMAKURA IMoins de gens, je suis un peu sauvage! (rires) Je cherchais plus la paix intérieure à travers des paysages. Il y a de temps en temps l'incursion d'une personne dans la pénombre ou isolée. Sacred World  a comme thématique le monde sacré. Cette série en Noir&blanc a été faite en argentique, au Hasselblad, avec des films 12 poses, l'ancienne école de la photographie. Elle a été réalisée au Cambodge, en Thaïlande, au Mali et au Japon. C'était une série difficile physiquement parce qu'il fallait faire des heures de prises de vue, porter le matériel, supporter la chaleur des lieux ou alors la pluie. D'un autre côté, c'était de nouveau un moyen de se recueillir. Pour moi la photographie, c'est toujours une manière de capter mes impressions et d'arriver à les redire en poésie.

 

Quelle beauté voyez-vous dans ces lieux sacrés, au-delà des religions?

Une contemplation. J'aime la philosophie bouddhiste et chrétienne, j'ai des origines asiatiques donc c'était un retour aux sources aussi de ce côté-là. Ça faisait tout un sens d'être dans ces lieux de méditation. Je me sens très bien dans un temple au milieu de la nature sans personne. La photographie, c'est un moyen de transmettre cela aux autres.

 

Vous déclinez votre regard en trois lignes distinctes: Looking for beauty, Sacred World et des images de vos voyages. La beauté esthétique, le sacré plus intime et les voyages-expériences sont donc votre moteur. ROKUON-JIDe quelles émotions êtes-vous en quête et quelles émotions souhaitez-vous transmettre au public? 

La nouvelle série sur laquelle je travaille, avec une ouverture d'atelier le 21 novembre, s'appellera "Méditation". Tout tourne autour de cela. La beauté et la paix, la tranquillité et la sérénité. La vie n'est pas toujours facile, donc si on peut s'offrir des moments de pause, de zen, ça fait du bien et c'est déjà pas mal. Dans la nouvelle série, il y aura aussi des fleurs mais également des femmes, avec une forte consonance asiatique et l'introduction d'haïkus, courts poèmes japonais, et de calligraphie. Les images tendent vers des estampes japonaises du XVIIIe, plus picturales, moins photographiques.

 

En savoir plus sur ces séries photographiques via trois articles dédiés, sublimes : Textes d'inspiration Textes d'inspiration

 

Peinture, photo, finalement l'art sous toutes ses formes s'exprime?

J'aime beaucoup la peinture. Des artistes comme Matisse, Klimt, Hiroshige, Hokusaï, Fabienne Verdier ou la Renaissance italienne m'inspirent. Il y a de toute façon une corrélation avec mon travail.

 

Avec Looking for beauty, vous cherchez à capter une beauté éphémère par des fleurs destinées à faner, à mourir. Quelle est votre conception de la beauté? Est-elle forcément ephémère?

Cerisiers 0773 ©Myriam Ramel www.lumieredujour.chLa beauté éphémère me fascine. Tout a commencé quand on m'offrait des fleurs et qu'elles mouraient. Je voyais toute cette beauté tomber au bout de deux jours et ça me désolait. Je me suis donc mise à les immortaliser pour en conserver une trace. L'éphémère c'est très beau parce qu'il nous apprend à profiter de l'instant présent. Je me souviens d'une fois où je voulais faire une photo d'une branche de cerisier sublime, je rentrais du Japon, c'était magnifique, avec la lumière du jour qui resplendissait, le cerisier sentait le miel, j'écoutais la  Callas, je voulais incurver un pétale pour qu'il tienne dans ma composition et là il est tombé! Une belle leçon...!, il faut prendre la chose que la nature nous donne à ce moment-là, si on le rate, c'est fini. Si on veut forcer la main, ça ne marche pas. La magie disparaît. On en revient à la philosophie bouddhiste. C'est un bel exercice mental que de se concentrer sur l'ici et le maintenant. 

 

Qu'est-ce qui capte votre attention? Qu'est-ce qui vous fait déguéner votre appareil? Tout est-il question d'instinct ou tout est réflexion en amont?  

C'est rarement à l'instinct, parce que je ne porte jamais mon appareil sur moi, contrairement à certains photographes qui vont l'avoir en bandoulière façon reporter (rires!), ce n'est pas du tout mon cas. Déjà, parce que c'est contraignant, lourd, et j'aime réfléchir à pourquoi je le fais. Accumuler des images pour accumuler des images, ça ne m'intéresse pas. Parce que je peux sortir et faire des belles images, c'est facile. Par contre, à quoi est-ce qu'elles servent? Pourquoi? Est-ce que ça va me faire des milliers d'images sur une banque de données? Ça je ne le fais pas. Il va toujours y avoir une réflexion. Est-ce que c'est un travail personnel ou commercial? Est-ce qu'il y un sens? J'ai peur de l'accumulation, la qualité doit être là, sinon ça vous dessert. Donc même si je vais partir en voyage avec mon appareil, je vais réfléchir auparavant à ce que je vais faire avec ces images, quelle ligne je vais prendre.

 

 

Myriam Ramel

Route de Morges 4

1132 Lully-sur-Morges

0041 79 636  97 05

mr@lumieredujour.ch

www.lumieredujour.ch

Publié dans Les faiseurs de beau

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